En vol

Publié le par chris

- V1, rotate ! Mon copilote vient de donner l’indication qui va  bien

Je tire sur le manche et les roues quittent le sol de Sydney. Nous décollons face au sud-est pour cause de « curfew » après 23 heures locales. Curfew, c’est le fatidique couvre-feu pour les pistes qui survolent la ville, protection des riverains oblige. Sur cette piste, ce n’est pas  un problème, la nuit à Sydney le vent vient de la mer et forcit régulièrement. La piste 16 que nous utilisons est face à la mer et donc tout va bien. Mais quelques heures plus tôt en arrivant, pour protéger le sommeil des mêmes riverains, il a fallu se poser en venant de la mer, avec un vent dans le dos plutôt limite. Et si le vent est supérieur à 15 kts arrière, il faut se dérouter et aller poser nos roues et nos caisses à Bankstown, le terrain d’aviation générale local. Seulement il est minuscule et à cette heure là, il n’y a pas de contrôleur, pas de moyens d’approche, évidemment pas de sécurité incendie en cas de crash ou de difficultés majeures. Il faut allumer la piste soi-même depuis là haut, tout en faisant une approche à vue obligatoire, au milieu de toute la lumière de la banlieue et ce n’est pas du gâteau. Une fois posé, il faut rouler sur des taxiways très étroits absolument pas faits pour un ATR, pourtant petit avion…

Après, c’est la pagaille du chargement et déchargement quasi dans le noir.

L’écologie forcenée c’est bien gentil, mais se casser la margoulette dans le noir un soir de grand vent ne m’attire pas trop. Ca n’empêche pas les gens du cru de rouler en ville avec des V8 rugissants (toujours au nom de l’écologie forcenée.)

 Nous virons à gauche au cap 90, et montons mollement. Nous sommes chargés ras la gueule et l’ATR est piètre grimpeur. (Ils n’ont pas nommé Virenque au bureau d’étude, ça se voit !)

-Jetcraft 2, heading left, direct Jacobs Well !
- Roger
Le contrôleur vient de nous donner le cap direct vers la balise d’entrée de Brisbane, à 380 nautiques de là. Au moins, au point de vue navigation, c’est simple.
Alors à notre gauche apparaît Sydney dans toutes ses lumières. Le Sydney Bridge brille et devant lui, je devine l’Opéra.

 Si on m’avait dit, quand je galérais pour trouver du boulot, qu’un jour je passerais un test de lâcher en ligne sur un Brisbane-Sydney-Melbourne-Adélaïde et retour le lendemain, j’aurais crié « au fou ! » Mon testeur est un « contractor » KIWI qui travaille pendant ses jours de repos pour notre compagnie, mon copilote, un pur Aussie à l’accent lisible, car il fait des efforts. Tous les deux à la fin du vol m’ont présenté leurs condoléances pour les matches de rugby à venir, où la France sera laminée, pensent-ils. (quelques jours plus tard, les mines se sont allongées et j’ai un peu retenu mon rire)

 

Hier, l’arrivée à Sydney a été très amusante, vers minuit.
- A huge flight of big mothes is reported in final 34. Le contrôleur nous signale un vol massif de moth, aux alentours de la piste d’atterrissage.
Je me gratte la tête, MOTH, je ne connais pas ça. Je connais le Tiger Moth, splendide biplan des années 30, et d’ailleurs, en rigolant mon copi dit : « pourvu que ce ne soit pas une escadrille de Tiger Moth ». Bon, il m’explique que ce sont des papillons de nuit.
Et effectivement, pendant la longue approche face à la piste, un puis deux puis une nuée d’énormes papillons blancs, gros comme ma main, s’écrasent sur le pare brise, comme des fantômes de dessins animés. Je dois bientôt me contorsionner pour y voir clair devant, une pulpe blanche recouvre le pare-brise !
    Au parking j’ai trop de boulot pour prendre des photos, ça coûte trop cher en temps et en argent de nettoyer donc on fera les deux autres étapes comme ça (c’est rigolo le libéralisme à tout crin, y’a pas de règles, c’est génial, les playboys des écoles de commerce ont pris le pouvoir !)

 

Hier après Sydney, on a posé les roues à Melbourne puis on s’est enquillé la dernière étape avec 105 Kts de face (200 Km/h, pour les non aviateurs) du coup, l’arrivée à Adélaïde s’est faite de jour. Mais j’avais les yeux qui collaient tellement que je n’ai pas vu grand chose de cette immense banlieue triste et étendue, plate et grise dans la lumière blafarde du petit jour.

Le soir, départ à l’heure avec les mêmes 200 km/h, mais dans le dos, et direct vers Sydney (on saute Melbourne au retour) et nous voilà dans un ciel superbe au-dessus de Sydney. Je rêve de voler de jour au-dessus de ce pays, il y a tout à voir et à découvrir et c’est pour ça que je suis là, mais il semble que le contrat de passagers à transporter vers les Mines de l’intérieur soit passé à la trappe. La nuit c’est bien, mais pour voir les paysages, ce n’est pas terrible.

Nous remontons à présent vers Brisbane, une lune rouge spectaculaire (et pourtant j’en ai vues de belles) est en train de monter à notre droite. Comme presque tout le temps, nous shuntons l’arrivée aux instruments et nous nous glissons entre les zones habitées pour raccourcir au mieux la trajectoire. C’est du pilotage, j’aime ça ! Cette deuxième nuit est plus simple, deux étapes et dodo vers 3 heures du mat’.  Le tarif habituel c’est 4 nuits par semaine, j’espère que je ne serai pas à ramasser à la petite cuiller à ce tarif.
 

    Ironie amère, notre indicatif est Jetcraft 1 ou Jetcraft 2 selon le sens. Et Jetcraft c’est JCC, sur les plans de vol. Les initiales de mon ancien patron me rappellent forcément à lui. Il vient d’être condamné à 4 ans de prison dont 1 et demi ferme, 300 000 euros d’amende et 3 millions d’euros à verser au liquidateur de l’entreprise. Mais comme il étouffé environ 25 millions d’euros, avec les remises de peine, la bonne conduite, le fait qu’il ne tuera pas de petites vieilles dans la rue, s’il ne fait pas appel, il est dehors dans quelques mois, avec le pactole… Dans le milieu des pilotes, sur tous les forums, on lui conseille de ne pas faire appel. Et de finir sa vie heureux sur son tas d’or, en essayant de ne pas trop penser à tous ceux qui ont tout perdu dans l’aventure. Y compris la vie pour ceux qui se sont suicidés…
 
Réflexion morose dans le ciel australien ! en ligne droite, la nuit, on a le temps de penser…

Les gagnants sont souvent ceux qui ne respectent pas ce que nos parents nous ont enseigné !
Voilà un commandant de navire, qui a pris la chaloupe la plus solide, a mis le coffiot dedans et a laissé le bateau couler derrière lui. « j’étais en service commandé pour Air France » a-t-il déclaré à la commission d’enquête parlementeur.
Fermez le ban, et ceux qui ont envie de vomir, s’il vous plait, pas sur mes godasses !

Splendide arrivée à vue sur Brisbane, kiss les roues à l’heure, dodo, coucouche panier les pattes en rond.
Bons vols à tous.
 Jan

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jeff clédedouze 13/10/2007 20:41

Ah, il est pilote, Jan ???
J'coyais qu'vous étiez touristes là en bas !!!

(Chris, t'as vu, j'a répondu)(bon vite fait, OK, mais répondu quand même.)(Y en a marre de se faire engueuler ;-)))) )
(pfuitttt, y a même pas de smileys sue ce blog,,,,,)

William Warden 10/10/2007 21:01

Hi!

Pas mal l'aviation chez les aussies... Ils semble avoir moins les miquettes qu'en France, berceau de l'aviation, où on s'entête à faire des reglementations pour faire voler des pilotes automatiques... Enfin bref, éclate toi bien Jan!

Et tu oublie de dire que le père JCC s'est quand même pris deux mornifles magistrales il y à quelques années, par deux gentlemen volant... ;)

Bonne nuit, bon vols, bonne bourre...

William

Pierre-Hugues 10/10/2007 09:34

Salut Jan, Salut Christine !

Sympas ces vols que tu racontes, Jan...
Il est amer de voir comment on fait deux poids deux mesures suivant le secteur de l'économie auquel on applique les normes écologistes : la vis pour les avions, mais les voitures (que tous les dirigeants possèdent) ont, elles, le droit à toutes les excentricités polluantes...
Cela rappelle tristement la maison, où depuis un mois nous ne pouvons plus faire de tours de piste entre midi et deux mais où la police regarde passer sasn rien dire des scooters visiblement trafiqués faisant plus de bruits qu'un T6 audécollage...

Bises à vous deux.