Outback selon Jan

Publié le par chris&jan

L’outback, enfin !

Depuis le temps que j’en rêve (disons 45 ans), depuis le temps que nous en parlons avec Christine, il était temps de passer à l’acte.
Nous avons choisi un week-end où je n’étais pas trop raplaplat, avec du temps devant nous et l’esprit libre.
Qu’on ne parle pas de compagnie, d’examens (j’ai encore loupé mon Airlaw à 70%, j’en ai ras la cravate…)
La responsable voyage a dégrossi l’intendance sur une région que nous avons choisie avec soin.
Il s’agit d’aller voir l’intérieur, les pistes rouges, les kangourous, les espaces immenses et respirer.

Nous n’avons pas été déçus.
  
Vendredi matin, direction l’aéroport en taxi, petit sac à dos, et roule  ma poule !

Nous attrapons le Dash-8 de Qantas destination Charleville. Vous avez une carte ? C’est à 700 km en ligne droite à l’ouest de Brisbane.
La météo est lumineuse au dessus des nuages, qui s’espacent peu à peu. Le sol devient de plus en plus vert, jaune, sec, de moins en moins habité. De la forêt sèche, du maquis d’eucalyptus, bref c’est le bush.
Descente au bout de 1h50, et là je reconnais par le hublot ce paysage que j’attendais et que je n’avais jamais vu. Le pilote (mâtin, quel homme) balance son avion dans un dernier virage près de la piste et nous voilà au sol, sur un petit aéroport de province, avec petite cabane toute simple, deux ou trois employés qui font tout, pas de contrôle aérien. C’est familial, la dame qui nous attend avec la voiture de loc. est juste là, avec ses dossiers sous le bras, et cette infinie gentillesse qui facilite tant les choses.

Nous la suivons  en roulant doucement. Elle nous guide vers le « centre ville ». Nous stoppons devant notre hôtel et là, nous savons déjà que ce week end va être d’anthologie.

Imaginez les hôtels dans les westerns de notre enfance, avec le balcon ouvragé, la porte à battant façon saloon. Ca sent son époque. Et d’ailleurs, c’est d’époque puisque rien n’a changé depuis 1920 date de la construction de l’hôtel par un grec qui petit à petit est devenu « le » boss de la région.

Le hall de l’hôtel, est comme dans les images : il y a le grand escalier en bois, et des photos encadrées partout, retraçant l’épopée de l’hôtel, donc de la ville, donc de la famille. Vous pouvez remettre ça dans un autre ordre, c’est du pareil au même.

Non seulement rien n’a changé, mais en plus ils en ont fait une sorte de musée, avec des mannequins un peu partout portant les habits des années pionnières.

Un petit tour en ville dans les magasins, pour constater vite que si nous ça nous amuse, on peut comprendre qu’à présent les jeunes du coin n’aient qu’une envie, c’est de partir loin. Car en fait à part le croisement principal, où il n’y a pas de duel au pistolet comme dans les susdits westerns, il n’y a rien. Alors la ville s’est dotée d’un centre d’observation astronomique, d’un musée retraçant la vie dans les maisons « avant ».
Le diner est sympa, mais pas autant que la chambre qui est elle aussi, franchement d’époque (mais laquelle). La nuit est chaude et la guerre contre les moustiques également (ils ont gagné).

Le lendemain, c’est parti pour 230 km, direction plein ouest, vers Quilpie (vous suivez toujours, sur la carte ?), non sans avoir embarqué quelques bouteilles d’eau et quelques provisions.
La route est droite, goudronnée, avec de larges dégagements à droite comme à gauche.
Autour ça s’éclaircit petit à petit, ça devient de la savane grise, jaune, terre. C’est vrai que si on a ajoute quelques girafes et des éléphants, ça fait un peu africain.

Sauf qu’en Afrique, il n’y a pas de kangourous. Et nous voyons le premier au bout de deux ou trois kilomètres. Mort. Au bord de la route. Il est le premier des deux cents que nous verrons dans la journée. Tous écrasés par les voitures la nuit, ou par les camions la nuit ou le jour. Ici, beaucoup de véhicules sont équipés de pares-buffles impressionnants, ça évite d’avoir à s’arrêter pour constater les dégâts sur la voiture. Nous comprendrons vite que  s’il ’est l’emblème national, le kangourou est aussi l’ennemi. Il est le concurrent des moutons et des vaches sur les pâturages et il n’est vraiment pas bien vu. Les premiers que nous verrons vivants, en fin de journée, ne se laissent pas approcher. Ils sont pourtant, adorables à regarder et marrants comme tout quand ils partent en sautant.

Juste pour voir et pour donner un coup de fil, nous nous arrêtons dans une station service à Cooladi. Vous voyez Bagdad Café ? Même genre. On y trouve évidemment de tout, sous l’enseigne à méditer : Ancien du Vietnam et foutrement fier de l’être. L’Australie, aimez-la ou quittez-la. N’empêche que pour être rudimentaire, les chiottes sont propres et qu’une fois de plus je me demande pourquoi c’est toujours aussi ignoble chez nous.

 Allez, on roule doucement vers l’ouest après avoir laissé passer un mini road train, et nous nous délectons du paysage âpre mais pas sauvage, puisque des troupeaux de vaches se baladent ici et là, et que la route est toujours aussi bien renseignée. Il y a entre autres beaucoup d’indications de FLOODING (inondations). Nous suivons pendant presque deux cents km la voie ferrée qui aboutit à Quilpie. Une seule voie, quelques trains par semaines, pour la laine, les « stocks » (troupeaux) les marchandises. J’insiste, ça fait drôlement western ! on s’arrête toutes les 5 minutes, on en prend plein les yeux. Quel changement après ces 4 mois dans une ville qui commence un peu à nous peser.

Quilpie est un minuscule patelin avec une rue et quelques magasins, dont un nous attire. Le magasin d’opale, une des spécialités de la région.
On entre dans une petite boutique, le sol est en bois, peint, je vous assure comme un Pollock.

Je dis ça au gars, ça le fait rire, mais il ne conteste pas, bien au contraire. Vous vous voyez au fond du bout du monde à discuter peinture moderne avec un gusse qui vend des opales ?

J’ignorais tout de ces pierres splendides, que je trouve, comment dire, plus humaines et accessibles que les émeraudes parfaites, les rubis, et autres diamants auxquels je ne connais rien non plus. Nous reviendrons demain, il faut du temps pour choisir. De toutes façons, il est ouvert 7/7 et 24/24…

 Cap sur notre hébergement. Nous avons rendez vous vers 15-16 heures dans une « station » (exploitation agricole, il se trouve que là, c’est de l’élevage extensif).
La remarquable responsable voyage de l’équipe nous a dégotté  un motel de brousse, une chambre d’hôte, on ne sait pas encore très bien. Ils sont fermés à cette époque là de l’année, mais des gens du bout du monde comme nous, ça ne se refuse pas. Et vous avez déjà vu qui que ce soit refuser quoi que ce soit à Christine?

Nous retournons 30 km en arrière, et suivons les indications du petit plan envoyé par internet. Mais, au Bagdad Café de ce matin, il y avait un prospectus pour cet hébergement, sur lequel est mentionnée l’existence d’une piste d’atterrissage pour avion léger à l’intérieur de la propriété. Ah, Ah … !

Nous traversons la voie ferrée, une barrière est là, déjà ouverte, le maître des lieux nous attend, immense australien plutôt racé, en short devant son 4/4 qui n’est pas là pour le décorum comme ceux de nos gorets français qui ne s’en servent que pour escalader les trottoirs devant le drugstore allant chasser la panthère des beaux quartiers.

 68 000 hectares, ça fait de la surface. Nous roulons à présent sur de la piste terreuse, parfois argileuse (nous le constaterons le lendemain), avec des gués à traverser qui aujourd’hui sont presque à sec. L’herbe est rare, les arbres rabougris, quelques moutons, par ci par là. Des vaches, aussi.

Au bout de 6 à 7 km, nous passons devant une double piste d’atterrissage en terre, un hangar au milieu, aux 4 vents, avec un ULM poussiéreux à mauvaise apparence.

Quel décor ! Vous savez quoi ? On est dans l’outback, le vrai !

Quelques bâtiments, le sheering shed,  et les maisons d’habitations des ouvriers qui viennent pour la tonte quand c’est la saison.


Nous stoppons devant la maison des WATTS, nos hôtes. Bluffés !
Le gazon est tellement épais qu’on s’y enfonce les chevilles, la tonnelle est charmante comme en Provence, le paon sur l’herbe nous accueille d’une roue  parfaite. La maison est fraiche, merveilleusement décorée de très beaux tableaux, un Davidson y aurait parfaitement  sa place.
Tout est parfait, sauf les moustiques qui nous dévorent littéralement, pendant le repas dehors.
On a sorti l’argenterie, les petits plats sont dans les grands, quel accueil !
Duncan et Anna Watts, et leur fille Sally font cela depuis quelques années. Ils reçoivent ainsi une centaine de personne  par an. La discussion roule sur tous les sujets. Parfois, nous hochons la tête poliment, surtout quand rien n’est monté jusqu’au cerveau.

 Les Australiens que nous avons rencontré aiment la France et surtout, tenez vous bien,  LE TOUR DE France ! Sally vient bientôt en France et a déjà placé les quelques étapes qui l’intéressent sur son itinéraire (comme par hasard, cette année  Figeac et Toulouse sont au programme) L’autre jour, nous étions à une dégustation de vin, très amusante où nous avons fait connaissance avec des gens qui ont plus de 3000 km dans les cuisses à vélo, dans le sud de la France.

L’autre soir, sur la fréquence de Melbourne contrôle, vers deux plombes du mat’, la contrôleuse me demande d’où est mon curieux accent, Allemand ou Hollandais.
Bon voyage Monsieur a-t-elle conclu quand je lui ai dit que « nobody is perfect, I’m french !)

Ils nous aiment bien, surtout quand on bat les Kiwis au Rugby…

Le lendemain matin, après un vrai petit déjeuner avec tout le décorum, Duncan nous emmène visiter la station. L’orage gronde au loin. Ici, et nos hôtes ne font pas exception, tout le monde suit l’évolution des nuages et des orages, en direct sur internet.

 
On se trimballe dans la Toyota, vers les abreuvoirs installés par ci par là, reliés par pipe aux différents puits artésiens et aussi aux retenues d’eau. Elles sont nombreuses et alimentées par les quelques ruisseaux et les pluies, parfois attendues de longs mois.

Ca gronde de plus en plus et ça se rapproche.

La piste d’atterrissage est en latérite, le hangar héberge un ULM, que le boss utilise pour le mustering, le rassemblement bi annuel des troupeaux, avant la tonte où l’envoi vers les boucheries. De là haut, il dirige les gars en bas, à moto, pour faire le même boulot que les cow-boys du Texas ou du Montana.
Il avait aussi auparavant un Mooney (pour les non-aviateurs, c’est en gros l’équivalent d’une super belle berline …) mais les temps sont durs et il a dû s’en défaire.


Pendant la visite du « sheering shed », le hangar qui sert à la tonte, qui nous ramène 150 ans en arrière, la pluie arrive, comme tout ici, sans nuance, diluvienne. Une part du domaine a un sol argileux et ça se voit tout de suite, l’autre part est de latérite.

Ca tombe par millions de m3, et ca va durer toute la journée et le lendemain aussi.

Nous avions vaguement prévu de rentrer à Charleville par une autre route, non goudronnée et nous nous tâtions ! Nous ne nous tâtons plus et après avoir pris congé de nos hôtes en leur claquant de vraies bises, nous reprenons la route avec un peu d’appréhension. Le sort m’a désigné pour conduire et je suis à peu près aussi à l’aise au volant de ce petit 4/4 qu’une poule qui aurait trouvé un couteau. Et comme il n’y a pas de manuel à bord, je ne sais même pas comment utiliser le tout.

Et il se trouve que par 3 ou 4 fois, la route sera inondée et quitte à passer pour des « chickens » je peux vous dire que nous n’étions pas fiers. (Tiens, au fait, vous avez comment ils appellent les mauvais conducteurs ici ? « Volvo drivers »)

Chaque fois que nous traversons 200 ou 300 mètres de route inondée, le silence se fait dans l’habitacle. Pour ceux qui ont fait cela toute leur vie, c’est du pipeau, mais pour moi qui conduis pour la première fois dans ces conditions, c’est juste assez impressionnant pour que je le raconte sans faire le cacou.

 L’orage s’apaise et au loin, le ciel noir est …noir. Pourvu que le Dash-8 de Qantas puisse passer, je vole demain et je voudrais bien ne pas faire défection.
Mais non, tout va bien, tout le monde est à l’heure et nous reprenons notre autobus du ciel, qui s’arrête en cours de route à Roma, pour compléter son chargement du dimanche soir, vers la capitale de l’état.

Nous en avons plein les yeux, c’est exactement ce que nous étions venus chercher, même si ça épate mon copi qu’on veuille aller dans des endroits pareils. Et pour cause, il est né à Charleville où son père était boucher.

Voilà qui nous a fait du bien, qui nous a redonné un coup de boost.

Christine est en Papouasie, faire SON voyage. Encore de biens beaux récits et de bien belles photos à vous montrer. A suivre donc !

 

Jan

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Claire et Jérôme 18/12/2007 07:41

la honte!!! Jan, désolée pour "Yann"...J'dois pas être encore trop réveillée! Bises

Claire et Jérôme 18/12/2007 07:39

Hi! Bonjour les amis!
On suit régulièrement votre blog et c'est un pur bonheur que d'y retrouver les récits de Yann et les photos de Chris!! On les attend toujours avec impatience! ;o)
On pense bien à vous. On vous souhaite de passer de bonnes fêtes de fin d'année. A trés bientôt sur votre email. Bises

René-Pierre Teindas 17/12/2007 18:30

Voilà c'est moi qui rêve maintenant!
Tout est dit beau récit, ça détent en rentrant le soir.
On en redemande.

R-P.

Pierre-Hugues 10/12/2007 21:00

"Encore de bien beaux récits et de belles photos..." Je m'insurge : le récit est excellent mais de photos je n'ai vu trace !
Remboursez nos invitations !

jeff clédedouze 10/12/2007 20:09

Ben moi, j'sais pô lire.
C'est p't'êt' pour çà j'aime bien les zimages !!!
Trop inzuste !!!

Mais j'ai quand même compris certaines phrases...:-)